Fusing par Marie-Odile Revouy, alias MORE

Le Fusing de Marie-Odile Revouy (MORE) : Quand le Verre Devient Émotion

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Dans l’univers des arts verriers, le fusing est bien plus qu’une technique : c’est une danse avec la matière, une alchimie où la lumière et la couleur s’entrelacent pour raconter des histoires. À Bordeaux, au cœur de son atelier More Glass Creations, Marie-Odile Revouy, connue sous le pseudonyme MORE, maîtrise cet art ancien avec une sensibilité contemporaine. Son approche unique du fusing – utilisant des plaques de verre transparentes teintées aux oxydes métalliques, découpées et assemblées par fusion dans un cycle de cuisson d’environ 16 heures – transforme le verre en une œuvre vibrante d’émotions. Cet article vous emmène dans les coulisses de sa technique, un voyage entre précision, créativité et magie du feu.

Le Fusing : Une Technique Ancestrale Réinventée

Le fusing, ou fusion du verre, remonte à plus de 3500 ans, né dans les fours de Mésopotamie et perfectionné sous les doigts des artisans égyptiens. Il consiste à assembler des morceaux de verre à froid, puis à les porter à une température élevée (entre 760°C et 850°C) pour les fondre en une pièce homogène. Contrairement au soufflage, qui donne vie au verre par le souffle, le fusing joue sur la patience et la superposition. Chez MORE, cette technique devient un terrain d’expression où chaque étape est empreinte d’intention.

Marie-Odile Revouy part de plaques de verre transparentes, un canevas vierge qu’elle colore grâce à des oxydes métalliques. Ces poudres – cobalt pour le bleu, cuivre ou or pour le rouge, chrome pour le jaune – sont les pigments de sa palette, des touches de chimie qui réagissent au feu pour révéler des teintes profondes ou subtiles. Une fois teintées, ces plaques sont découpées avec soin, assemblées comme un puzzle, puis confiées au four pour une cuisson longue et précise. Ce processus, qui dure environ 16 heures selon la masse de verre à chauffer, est le cœur de sa création.

Les Premiers Pas : De la Matière à l’Idée

Tout commence dans son atelier girondin, un espace qu’elle décrit comme un “garage-laboratoire” bouillonnant de créativité. Née en 1957 à Saint-Médard-en-Jalles près de Bordeaux, Marie-Odile a d’abord exploré d’autres horizons – une formation d’ingénieur chimiste en sciences des matériaux et une expérience professionnelle chez Telesystemes à Paris dans les années 1980 – avant de se consacrer pleinement au verre. Cette reconversion n’est pas un hasard : depuis l’enfance, elle façonne, peint, sculpte et transforme des matières comme la terre, le bois ou le carton. Le verre, découvert lors d’une résidence de trois ans aux États-Unis, devient son medium de prédilection, un matériau “exceptionnel par ses couleurs, ses reflets, sa transparence et sa sonorité”.

Pour chaque pièce, elle sélectionne des plaques de verre transparentes, souvent composées de dioxyde de silicium (sable) mélangé à des fondants comme le natrite ou le borax pour abaisser leur point de fusion. Les oxydes métalliques entrent alors en scène : appliqués en poudre ou intégrés dans le verre, ils teintent la transparence d’éclats vibrants. Avec un coupe-verre et des pinces, elle découpe ces plaques en formes précises – abstraites ou figuratives – selon l’émotion qu’elle veut transmettre. Chaque fragment est nettoyé, parfois meulé, puis disposé sur une base de verre, prêt pour l’assemblage.

L’Assemblage : Un Puzzle de Lumière

L’étape de l’assemblage est un moment clé. Marie-Odile superpose ses morceaux teintés, jouant avec les transparences et les opacités. Parfois, elle ajoute des fils de verre, de la fritte (verre concassé) ou des confettis pour enrichir les textures. Si nécessaire, une colle spéciale maintient l’ensemble avant la cuisson, mais c’est le four qui scellera leur union. Cette préparation demande une rigueur presque scientifique : les verres doivent partager le même coefficient de dilatation (comme le Bullseye à 90) pour éviter les tensions et les casses lors du refroidissement.

Sur la sole du four, elle dépose un séparateur – plâtre, fibre céramique ou talc – pour que le verre ne colle pas à la surface. Puis, la composition entre dans le four froid, prête à affronter les 16 heures de transformation. Ce n’est pas une simple fusion : c’est une métamorphose où chaque détail compte.

La Cuisson : 16 Heures de Patience et de Précision

Le cycle de cuisson est l’âme du fusing de MORE. Durant environ 16 heures, le verre traverse une courbe de température minutieusement contrôlée, qui varie selon son épaisseur et sa masse. Voici comment cela se déroule :

  1. Montée en Température : Le four grimpe progressivement jusqu’à 800-850°C. À ce stade, le verre devient pâteux, sans atteindre l’état liquide, permettant aux morceaux de fusionner en une pièce homogène.
  2. Palier de Fusion : La température est maintenue pour assurer une fusion complète, révélant les couleurs des oxydes métalliques dans toute leur intensité.
  3. Refroidissement Lent : La descente est cruciale. Trop rapide, elle crée des tensions moléculaires qui fissurent le verre ; trop lente, elle risque la dévitrification (un aspect trouble). Une phase de recuisson autour de 500°C élimine ces tensions, garantissant la solidité de l’œuvre.

Pour une petite pièce comme un bijou, 12 à 16 heures suffisent. Pour une sculpture ou une vasque plus massive, le processus peut s’étendre sur plusieurs jours. “Le cycle varie en fonction de la masse de verre à chauffer”, précise-t-elle, un écho de son passé d’ingénieur où la science et l’art se rencontrent.

Le Résultat : Des Œuvres qui Capturent la Lumière

Une fois sorti du four, le verre de MORE révèle sa magie : tableaux, sculptures, bijoux ou vaisselle, chaque pièce est unique. Les oxydes métalliques ont dansé avec la chaleur pour offrir des bleus profonds, des rouges éclatants ou des jaunes lumineux, souvent mêlés dans des jeux de transparence. Ses créations – figuratives ou abstraites – captent la lumière comme des prismes, projetant des reflets qui évoquent des émotions brutes.

Sur son site More Glass Creations, elle présente des œuvres comme des “défis réalisés à partir du verre, toujours à la recherche de formes, de couleurs, de réactions agréables à l’œil”. Ses tableaux en verre fusionné, par exemple, pourraient rappeler des vitraux modernes, tandis que ses sculptures explorent la fluidité et la tridimensionnalité. Elle reçoit aussi sur rendez-vous pour des projets sur mesure, un dialogue direct avec ceux qui adoptent son “art portatif”.

MORE dans le Paysage Verrier

Comparée à d’autres artistes-verriers, comme Marie-Odile Savigny et ses sculptures terre-verre ou Evy Cohen avec ses tableaux photographiques en fusing, MORE se distingue par son approche personnelle et discrète. Pas de grandes expositions médiatisées ni de style défini publiquement, mais une passion palpable dans chaque pièce. Son atelier à Bordeaux est un refuge créatif, loin des projecteurs, où elle expérimente sans cesse, portée par sa formation scientifique et son amour de la matière.

Les Limites et Défis du Fusing

Le fusing n’est pas sans défis. Une montée en température mal calibrée peut dévitrifier le verre, des bulles d’air emprisonnées gâcher l’homogénéité, et des verres incompatibles provoquer des ruptures. Pour MORE, ces obstacles sont des invitations à perfectionner son art. “Passionnée par la recherche et l’expérience”, elle transforme chaque essai en une leçon, un pas de plus vers l’émotion qu’elle veut transmettre.

Une Invitation à l’Émotion

Pour ÉmauxÉmotions, le travail de Marie-Odile Revouy est une célébration du verre comme vecteur de sentiments. Sa technique – des plaques transparentes teintées aux oxydes, découpées, assemblées et fusionnées dans un ballet de 16 heures – n’est pas qu’un savoir-faire : c’est une histoire de patience, de lumière et de cœur. Que vous admiriez une de ses sculptures ou portiez un de ses bijoux, vous tenez un fragment de son univers, un éclat de verre où dansent les émotions.

Alors, pourquoi ne pas pousser la porte de More Glass Creations ou explorer sa boutique Sumup ? Laissez-vous toucher par cet art qui, comme une flamme, réchauffe l’âme à travers la transparence. Avec MORE, le fusing n’est pas seulement une fusion du verre : c’est une fusion avec soi-même.

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